Gilles Tellier

Théâtre anthropomorphe / Exercice de styles

Il y a trois ans, voyageant en Indonésie, j’assistais à un combat de coqs, ou plutôt, à leur altercation ; leur propriétaire, amoureux de ses bêtes, voulant éviter un massacre, limitât leurs ébats à 1 minute 15 secondes que je filmais avec mon téléphone portable. L’affrontement fut si rapide que la vidéo donne à voir une séquence comparable à celle qu’on pourrait faire d’un tambour de machine à laver en mode essorage. Etirant le temps en regardant le film image par image, leur intemporalité révéla un théâtre anthropomorphe qui m’évoqua comme en miroir la présentation de la première de “Chanteclerc“ d’Edmond Rostand dans la revue du “Théâtre Français“ de 1910 dont je possède un exemplaire. Je glanais alors dans ce gisement d’images et relevais un florilège de connections possibles tant narratives que picturales avec les icônes ayant marquées la mémoire collective. Autant de fables réincarnant Isadora Duncan, Loïe Fuller, Mata Hari, Bruce Lee, l’imagerie guerrière ou la peinture de cour. Ce travail exécuté à la hâte et avec légèreté a initié celui présenté l’an passé pour la quinzaine de l’image en l’église de Madiran : un chemin de croix produit à partir de captures d’écran de vidéos de match de boxe puisées sur internet.

Domaine Pichard