Allapattah est un quartier populaire de Miami, en grande majorité cubain et latino, coincé entre le très touristique quartier de Wynwood et l’aéroport. Bien qu’appartenant au même comté, Miami et Miami Beach sont en fait deux villes bien distinctes, avec deux maires et deux histoires. La première devient officiellement une municipalité dans les années 1890 et l’autre est créée autour des années 1915.

La série « Miami, not the Beach » a pour point de départ la « Esquina de Abuela » (le coin de la grand-mère), une sorte de squat, à mi-chemin entre lieu artistique éphémère et centre culturel, organisant des événements pour et avec les communautés locales. Dans une métropole où l’aménagement urbain et le besoin constant de voiture ne favorisent ni les rencontres ni la création d’une vie collective, Esquina de Abuela est la porte d'entrée vers une ville bien différente de l’imagerie attachée à la péninsule-phare du bord de mer.

La série s’étend à mesure que je découvre Miami, chaque fois que je suis introduit à quelqu’un par quelqu’un. De nouvelles personnes m’emmènent vers d’autres quartiers historiques comme Liberty City, Overtown, Little Haïti ou encore Little Havana, et parfois ces rencontres donnent lieu à de nouvelles photographies.

Du centre à la périphérie de cette ville multiculturelle et multigénérationnelle, l’entre-soi familial et social est souvent privilégié, amenant à se détacher du reste du tissu urbain, voire du voisinage. Ces groupes – Latinos, Afro-Américains, Caribéens – occupent leur territoire et se transforment au gré des influences, des flux migratoires, des processus de ségrégation, composant, à l’intérieur, autant de mondes à huis clos. Cette séparation est renforcée par le port d’armes à feu, ou par l’adoption de chiens réputés agressifs comme les pitbulls, illustrant un désir de constamment se protéger d’autrui et de le maintenir à distance.

Cependant Miami et Miami Beach partagent un problème commun : le réchauffement climatique. Alors que Miami Beach se situe au niveau zéro par rapport à celui de la mer, les quartiers populaires de Miami culminent à six ou sept mètres plus haut. Les riches populations de Miami Beach y investissent en masse car ces quartiers sont mieux protégés des inondations et leur viabilité plus pérenne. Cela engendre des phénomènes de gentrification à grande échelle. Beaucoup de lieux photographiés ici risquent de disparaitre, beaucoup de personnes de se voir déplacées dans les années à venir et avec eux une certaine culture populaire dont ces photographies gardent traces.

Parfois, souvent, j’ai le sentiment d’être restée figée.

Partout autour, on avance, on se construit.

Partout autour on vit.

Ici depuis un moment, je crois que je piétine. 

Ça épuise de piétiner, et puis ça fait faner.

Alors, contemple, change tes idées.

La lumière du soir surtout, et celle du matin. Quand elle recouvre la ville et ses habitants, tout devient doux, tout redevient serein.

Les ombres qui dansent ou s’étirent jusqu’à transformer leur sujet.

Les lignes qui tombent bien, rencontres fortuites du décor qui disparaissent un pas plus loin.Et puis, les oiseaux. Ceux qu’on surprend à décoller, ceux qu’on suit du regard dans leur vol maîtrisé, ceux qu’il faut se contenter d’écouter.

Toutes ces choses que tu aimes observer, garde les, grave les.

Saisis ces bouts de vie qui émerveillent et te réconfortent. 

Pour t’évader oui tu peux lever les yeux, ou alors les fermer.

La nuit, c’est à ton tour de t’envoler.

Chaque rêve, comme un voyage est fluide, ça file, tu flottes.

Tu ne pèses plus rien d’autre que tes pensées.

Apprécie ces formes nouvelles ou familières, savoure ces lumières qui te caressent et t’apaisent. 

Soudain je sens de nouveau mon poids ici sous ces draps, sur ce matelas.

Je n’ouvre pas les yeux pour le moment, mais je comprends que j’ai encore rêvé de m’en aller.

Mobirise

Coup du cœur du jury

de la série « Limnées » par
Camille Ropert

Dans la mythologie grecque, « les limnées » sont les nymphes des
eaux douces.
A mi-chemin entre le documentaire et la mise en scène, le projet
suit le parcours initiatique de femmes cis, trans et personnes non
binaires reconnaissant une part de féminin en elleux. Ensemble,
iels se sont porté.e.s volontaires pour camper le rôle de nymphes
en s’immergeant sous l’eau, offrant leur témoignage corporel.
Mon travail est pluriel, il emprunte des codes datant des
peintures de la Renaissance tout en mobilisant la théorie du
female gaze et l’approche phénoménologique. J’ai fait le choix
de me concentrer sur l’expérience vécue d’un corps, et sur le
fait qu’il soit habité par des émotions et des intentions. Le projet
s’articule à travers le prisme de l’aliénation et de l'émancipation.
Je le construis en tenant compte des contradictions existantes
au sein du processus de libération.
C’est au cours de la saison estivale et ce pendant trois années
consécutives que le projet fut réalisé. L’intégralité des prises de
vue ont été effectuées dans un lac niché au coeur du territoire
québécois. J’ai pris le parti de me servir de la lumière naturelle et
d’être tributaire des conditions météorologiques, en assumant
l’impact que ces phénomènes produisent sur le milieu
aquatique.

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